Le terme de prise de conscience par le mouvement est justement utilisé
dans la méthode Feldenkrais (P.C.M.). L’individu apprend par lui-même ce que
personne ne peut faire à sa place à savoir explorer, sentir et prendre conscience
de ce qui est ressenti.
Pour Moshe Feldenkrais, éminent professeur, inventeur de la méthode portant son nom, la prise de conscience de nos mouvements nous renseigne sur le fonctionnement du système nerveux, les troubles de la motricité mais aussi du langage.
La croissance de l’enfant va accompagner une évolution de ces capacités respiratoires et vocales similaire à l’évolution qu’ont pu connaitre les hommes primitifs.
Ainsi, comme le
bébé, l’homme de Néandertal a un larynx très haut placé. Tous deux ont ainsi la
possibilité de respirer tout en mangeant. Mais cet agencement limite
considérablement les possibilités des cordes vocales. En gagnant la position
verticale, l’homme primitif, tout comme le jeune enfant, va aussi augmenter en
mobilité l’espace du larynx et de la langue. Le petit d’homme va gagner en
nuance dans l’expression de ces émotions, en tessitures, en timbre et couleur
de sons et toutes les nuances des langages actuels.
La recherche du geste juste passe donc par l’analyse de cette particularité de la verticalité, son impact sur le souffle, la voix, le système nerveux, les mouvements et globalement la communication des émotions.
La conformation primitive offrait très peu de moyen à l’homme pour communiquer. Son évolution l’a mené vers toute une palette de nuance dans le toucher, dans la voix, et l’ensemble de ses sens. En passant de la position horizontale à la verticalité, il est un peu comme un virtuose à qui l’on a donné toutes les touches du piano pour exprimer ses émotions quand auparavant il n’avait que deux notes à sa disposition.
La position verticale s’accompagne de l’ouverture du thorax, ce que d’aucun appellerait l’ouverture du cœur.
Et le Qi Gong propose de multiples formes pour aider à trouver chacun sa propre conformation de corps vis-à-vis de cette position Terre-Ciel.
Un exercice instructif consiste à observer pendant quelques instants l’allure d’individus se déplaçant dans la rue. Un œil quelque peu exercé constatera rapidement au moins deux types de démarche. Certains auront un pas plutôt appuyé parfois amplifié par un physique affichant un centre de gravité assez bas. D’autres auront au contraire un pas plus dirigé vers le haut, donnant l’impression de toucher à peine le sol.
Nombreux « exercices » de Qi Gong, des postures immobiles comme la posture de l’arbre ou la posture du cavalier, des marches spécifiques comme différentes marches inspirés d’animaux, proposent tout à chacun de ressentir et améliorer sa propre préhension de l’enracinement à la terre et du lien avec le ciel.
Pour toutes ses pratiques, l’entretien de la vie passe par
une bonne prise en compte de notre position terre-ciel.
Il en va de même lors de méditations assises pendant lesquels l’esprit va régulièrement cheminer dans chaque espace que nous offre notre corps.
Une bonne préparation de la position permettra d’assurer un ancrage confortable au sol, une verticalité assurée jusqu’au sommet de la tête et la souplesse dans tout le corps pour une circulation de l’énergie sans blocage.
Cette verticalité est intéressante à constater dans les mouvements énergétiques.
Selon l’adage « cherche l’immobilité dans le mouvement, et le mouvement dans l’immobilité », prêtons-nous à une écoute attentive des mouvements internes à notre corps dans une posture statique.
ü
Une profonde inspiration et je rempli mon Dan tien, bien
que l’air entre par la bouche, cette énergie semble se mêler avec un fluide
provenant du sol.
ü
A l’expiration,
tout en me concentrant sur le Dantien, cette énergie se concentre et amplifie
la relation avec mes racines.
ü A l’inspiration
le souffle remonte, emplit doucement mon thorax et ouvre mon diaphragme.
ü
A l’expiration, le qi circule jusqu’à la terre. Mes pieds
ressentent un léger frétillement.
ü A l’inspiration,
le souffle forme une vague dynamisant la poitrine et ouvrant les bras.
ü
A l’expiration, le ressac presse un
ballon d’énergie devant mon thorax. Je prépare ce ballon au don à la terre.
ü
A l’inspiration, le souffle parcours ma nuque et mes
bras, je ressens des pétillements en haut de ma tête.
ü A l’expiration
une légère pression au bout de mes doigts dessine
la substance d’une sphère que je compresse.
ü A l’inspiration
la vague énergétique s’est projetée au dessus de ma tête me reliant au cosmos.
ü à l’expiration je me relie à la terre jusqu’à en ressentir l’accueil nourricier.
Cette lente introspection, la conscience d’une direction de l’instant
à venir puis un ressenti de presque vide pour aller vers la plénitude de l’instant
présent, juste, ici et maintenant nous met en symbiose avec la Nature.
Dame Nature nous
offre les plus grands enseignements. Elle illustre mieux que quiconque tous les
mouvements engendrés par les énergies du ciel et de la terre. Elle nous donne
son enseignement, nous sommes là pour apprendre à l’aimer et la respecter et
non pour la contrôler.
Dr Liu Dong commence l’un de ses ouvrages, la voie du calme, par une anecdote sur Lao Zi que je reprends dans ses lignes « Lao Zi, un jour, était assis depuis fort longtemps, sans bouger, au pied d’un arbre. Ses élèves, intrigués, lui demandèrent ; Maitres, que faîtes vous donc ? – Lao Zi répondit : Je pratique le Qi Gong – Qu’est ce que le Qi Gong ? Demandèrent ils alors, et le maitre dit : C’est tout simplement être en harmonie avec la nature. »
La nature n’est d’ailleurs qu’harmonie. Contrairement au comportement humain, les rythmes sont partout respectés. Les cycles se renouvellent en permanence. Le tout est formé de l’alternance d’un principe et son contraire. Le taiji mène au Yin et au Yang.
Cette alternance se voit partout. Au rythme du jour et de la nuit, de la clarté à l’ombre du même versant baigné ou caché du soleil selon l’heure de la journée. De ce cycle, nait la vie. La rosée du matin sur l’herbe fraiche, les gouttelettes aux reflets d’arc en ciel sur les fleurs prêtes à éclore. Puis à l’apogée du ciel de midi, les pétales déployées captent toute l’énergie solaire.
Le Taiji se met en mouvement et produit le Yang. Quand le mouvement arrive à son apogée, le repos s'ensuit. Le repos Yin étant arrivé à son apogée, il y a retour au mouvement. Repos et mouvement alternent, chacun étant la racine de l'autre.

Cette alternance lumière, obscurité se présente à nos yeux en cheminant dans un sous bois. Un tronc est habillé de mousse sur un coté, plus humide d’un coté que de l’autre. Un faisceau de lumière traverse les branches les plus hautes et illumine d’un vert chatoyant les feuilles des branches plus basses. Celles-ci recouvrent une zone plus obscure laissant la part belle au lierre envahissant.
Constatez combien la calligraphie chinoise est largement inspirée de ces observations.
L’écriture
chinoise s’est construire en observant la nature. Le signe de l’arbre (Mu) est
un dessin d’arbre peu à peu stylisé
En chinois classique Mu constitue un radical ou une clé très importante à partir duquel sont créés un très grand nombre de caractères. On le retrouve, par exemple dans le Ji (Ki) du Taiji (comme dans Taijiquan ou Tai Ki Kuan) (Grand Faîte) où il représente une poutre maîtresse ou faîtière.

L’obscurité (yao)
est signifiée par un soleil sous un arbre, alors que la lumière (gao)
est représentée par un soleil sur un arbre.
Les symboles Yin et Yang eux même portent chacun à leur gauche un signe signifiant une sorte de tertre rituel, un monticule élevé à la gloire des dieux du sol. On peut dire que symboliquement, dans leur écriture même, yin et yang n’ont de sens que par ce monticule commun.
Du coté Yin, le signe inférieur représente YUN, nuage
surmonté de la notion d’accumulation.
Le versant YIN nous évoque l’accumulation (en haut) de nuages (en bas) sur le versant d’une surélévation.
Il évoque aussi l’intériorisation, l’assombrissement, la descente, la fluidité et la sinuosité de l’eau.
Du coté YANG, le signe supérieur représente RI, soleil
surmontant la notion de rayonnement.
Le versant YANG nous évoque le rayonnement de chaleur et de clarté sur l’autre versant.
Il évoque aussi l’extériorisation, l’éclaircissement, la montée, le feu qui réchauffe.
YIN et YANG représentent donc deux phénomènes d’une même réalité. L’un succédant à l’autre. L’un complétant l’autre.
Pour la culture chinoise tout est discernable en Yin et Yang.
Le soleil se lève à l’Est positionné à gauche. Soleil, Est et gauche sont Yang ainsi que le haut et le Nord.
Inversement, Lune, Ouest, droite, bas et Sud sont Yin.
Ainsi, tout est définissable par une dynamique Yin ou Yang.