Comment notre pouvoir d'achat est il manipulé ?

 

Alors que l'Insee nous informe d'une augmentation d'un indice des prix proche des 1% par an,(voir source insee : historique d'évolution de l'indice des prix), alors que la grande distribution placarde dans toutes les rues, boulevards et périphériques, inonde nos boite aux lettre de sloggans sur la "vie moins cher", sur la "bataille des prix", les français ont un fort sentiment de diminution de leur pouvoir d'achat depuis plusieurs années, la passage à l'euro en point d'orgue. Cet article décortique ce phénomène d'une communication bien orchestré par les industriels, la grande distribution et le gouvernement.

Les intérêts du crime.
De nombreux acteurs ont intérêt à promouvoir un pouvoir d'achat fictivement maintenu. La confiance des ménages et leur capacité à plus consommer est essentiel au gouvernement qui y voit le moteur de l'activité économique et le maintien de son PIB. L'industriel vise bien entendu à gagner des parts de marché en faveur de ses produits et la grande distribution utilise la guerre des prix pour stimuler la consommation en faveur de son mode de distribution.

L'étau.
Le pouvoir d'achat est constitué de 2 composantes, les prix des biens et services à la consommation et les salaires. Depuis plusieurs années, l'Etat a choisi (dans un "élan" européen de surcroit) de figer les salaires. Le phénomène est d'autant généralisé que le système économique du moment vise plutot à rémunérer le capital que le travail (voir interview de Bernard Maris, professeur d'économie à Paris VIII dans Le Monde du 23 mars 2005). Le consommateur se trouve aujourd'hui coincé entre un sentiment justifié d'augmentation des prix (renforcé par le passage à l'euro) et des salaires ressérés.

l'inflation masquée ou l'art du réhabillage.
Les industriels ne manque pas d'imagination pour renouveler leur gamme en s'appuyant sur des pseudo évolutions scientifiques et techniques. Si ce principe leur permet de renouveler leurs campagnes publicitaires et slogans (tranformer un "bon pour vos enfants" par "bon pour leur santé" ou un "participe à votre équilibre" par "l'harmonie de votre bien être"), le remplacement des produits permet aussi d'augmenter leur prix. Un peu d'observation au rayon frais par exemple vous ferait percevoir l'envers du décors de la "vie moins cher".
a) votre rayon est séparé en produits de base (yaourth nature, fromage blanc) en produits plaisirs (yaourth aux fruits, crèmes diverses) et produits tendance (selon la mode : régime, santé,...).
b) l'industriel teste son nouveau produit en général dans une tendance du moment. Campagne de publicité à l'appui, vous êtes invité à découvrir les vertus de cette évolution.
c) En général, les ventes sont au rendez vous, d'autant que le produit n'a rien révolutionné en gout et composition mais les slogans ont conforté tout le monde sur sa capacité à mieux traiter votre santé, celle de vos enfants, votre ligne, votre bien être.
d) Cependant le prix au kilo a augmenté de 20 à 50% par rapport à un produit similaire et parfois du double vis à vis d'un produit de base (dont les qualités intrinsèques hors attributs psychologiques sont identiques voir meilleurs). L'industriel a au moins 3 techniques pour vous cacher cette inflation. Le pachaging cache la véritable contenance (fond réhaussé, double emballage) mais cette technique commence à être usée car visible à la longue. Plus subtil et complètement invisible sans une attention très minutieuse, le produit est rempli d'eau ou d'air et c'est même parfois la fameuse évolution technologique en question (les produits de régime et allégés sont une mane pour vendre l'eau au prix d'un produit évolué, les gateau apéritif se sont essentiellement empli d'air à renfort de craquant et croustillant). La 3ème technique est la plus subtile. Le caractère inovant du produit est parfois si bien agencé et mis en avant qu'il justifie un packaging approprié de petite contenance (mini dose, mini bouteille) et le consommateur ne s'aperçoit plus qu'il achète une dose de 15cl au prix du litre.
e) le rayon n'étant pas extensible, très rapidement, le nouveau produit occupe un linéaire plus important jusqu'à faire disparaitre les précédents.

Le tableau ci-contre présente sur 5 produits courants observés par la revue 60 millions de consommateurs entre mars 2003 et mars 2004 (numéro de sept 2004) l'inflation calculée par l'INSEE (en vert) et l'inflation réelle tenant compte de l'inflation masquée. produits INSEE 60 millions de consommateurs
éponges, tampons à récurer +1% +54,89%
mouchoir papier, lingette +0,48% +51,17%
essuie tout -0,3% +47,55%
apéritifs sans alcool +4% +45,55%
hygiène féminine -0,1% +40,63%

 

article rédigé par Philippe le 10 Août 2005 - www.ethicnews.org

 

 
 
 

Le résumé de l'article :
(à l'usage de ceux qui n'ont pas le temps de lire)

D'un côté les consommateurs ressentent une véritable perte de leur pouvoir d'achat, de l'autre industriels, grande distribution et gouvernement font tout pour masquer cette réalité et jouent la carte de la guerre des prix afin de maintenir un bon niveau de consommation. Les uns font preuve d'une grande imagination pour créer de pseudo nouveaux produits pseudo inovateurs, les autres déploient tous les moyens publicitaires pour se montrer les meilleurs alliés des prix bas et l'insee publie une inflation bien loin de l'inflation ressentie. Pendant ce temps, les salaires sont figés et ce jeu de dupe fait monter un mécontentement de plus en plus palpable.

voir aussi :
la grande distributrion en image
pourquoi avons nous tant besoin de consommer

 
     
Le point du vue d'ethicnews :

Le prix doit reflêter le coût de sa production, son transport et sa distribution dans des conditions éthiques pour l'environnement et tous les acteurs de la chaine. Une production de qualité et une consommation éclairée mèneraient certainement à un équilibre très proche des prix moyens du marché.
La différence essentielle porterait sur une marge brute justifiée moins par la publicité que la qualité du produit et la rémunération juste de tous ceux qui y contribuent.

En pratique, quels sont les réflexes simples d'une consommation éclairée :
- exiger de connaitre le producteur du produit et d'avoir des informations sur son mode de production.
- favoriser les produits de base (l'information est plus claire et plus complète car il est difficile de connaitre la provenance de tous les ingrédients d'un produit composé).
- vérifier la qualité intrinsèque du produit plutôt que ce que peut en dire la publicité.

En bref, exercer son pouvoir d'achat, c'est avant tout éxiger un niveau d'information complet sur les produits.

La recherche systématique de prix de plus en plus bas a généré l'irrespect de tous les producteurs (de France comme des pays du sud), d'un commerce de qualité, des conditions de travail pour les métiers du transport et de la distribution.

 
 
 

Des références sur le sujet :

INSEE : l'indice des prix à la consommation

60 Millions de consommateur : n°386 Sept 2004

Intervew de Bernard Maris

 
     

voir aussi :

la grande distributrion en image

pourquoi avons nous tant besoin de consommer ?

 



Haut (c)FairAge 2005